Tomber la chemise.

previewIls étaient déchaînés, ivres de rages ces sauvages, ils criaient leur haine.

Le monde comme il faut – ceux qui savent- est choqué devant cette image du DRH d’Air France échappant à un probable lynchage.

Il a dû avoir la peur de sa vie cet homme, il va trembler encore et encore et faire des cauchemars. Il va se reposer. Arrêt de travail. Air France porte plainte. Les fautifs vont être identifiés après lecture des enregistrements vidéos, il y aura des procès, des condamnations, de l’argent versé, du préjudice moral calculé,  peut être de la prison et puis justice rendue, le monsieur DRH qui a eu très peur va reprendre son métier dans un secteur plus calme, auréolé de son martyr. Célèbre, il sera invité sur des plateaux télé, peut-être un livre en projet, il sera la preuve irréfutable de l’immobilisme syndical, de sa violence atavique, de leur vision corporatiste et immédiate des choses quand le patronat, lui, voit loin, prépare l’avenir, pense aux enfants et arrières-petits-enfants de ses employés.

L’employé ne voit que son profit, il a une vision à court terme, il ne comprend pas les chroniques de Nicolas Beytout, Dominique Seux ou de François Lenglet. Il réclame sa part du gâteau bêtement, il ne pense qu’à ses droits, sa retraite, ses pauses pipi, ses RTT. L’employé ne comprend rien à l’époque, il n’entrave que dalle au management moderne. Les choix d’Air France sont stratégiques et réfléchis, et s’il nous semble que l’entreprise n’a pas su prendre le virage du low-cost, ce n’est qu’une impression, c’est une ruse pour brouiller les pistes, pour tromper les radars de la concurrence. La direction a ça dans le sang le management: depuis tous petits ils se préparent à gérer des plan A et des plans B, et parfois des plans A qu’ils baptisent B, des perspectives de croissance, des calculs compliqués d’ indices de masse salariale, ils ont des balances spéciales et irréfutables pour peser l’avenir de l’entreprise, ils s’entraînent avec des coachs venus de pays où il ne pleut pas de la CGT tous les jours, des pays modernes, pour dégraisser, recaser, délocaliser, sous traiter, restructurer, redimensionner, etc…

Les employés comme les ouvriers, leurs ancêtres sauvages et rustiques, avant eux doivent comprendre et mettre de l’eau patronale pure dans leur vin piqué. Ils doivent en finir avec leurs vieux réflexes de luttes des classes et enfoncer dans leurs caboches hirsutes qu’il faut voir plus loin.

Le monde des employés ne sait pas ce qui est bon pour lui et c’est pénible, et comme il ne comprend rien il s’énerve et en vient aux mains déchirant de belles chemises et de beaux costumes.

La violence du monde patronal est plus subtile, elle est polie, elle cogne et lynche loin des caméras de télévision. Elle fait bouffer de l’antidépresseur la nuit dans les salles de bain, elle fait ses nœuds coulants dans les garages endettés de pavillons de banlieue que l’on avait acheté fort de son CDI, elle immole par le feu sur les parkings d’un pôle emploi paumé, elle rend obèse de pas d’avenir, elle fait traîner les fils qu’ont pas le nom qui rassure « l’embaucheur », elle fait renoncer la femme, elle fait de l’enfant un problème. La violence du patronat sait y faire: elle sous traite les cassages de gueule, elle externalise les suicides, elle informatise la dépression. La violence du patronat a des alliés haut placés: elle a des comptes cachés pour payer ses précieux alliés, elle est copine avec des Bashar, des Bongo, des Kadhafi. La violence patronale fait des affaires avec tout le monde, à toutes les époques et par tous les temps. La violence patronale préfère payer que dépolluer, elle aime le gaz de schiste et les barrages qui ne servent à rien, les grands champs de céréales bourrés de chimie qui font mourir le fils-exploitant avant le père-paysan.

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A propos philippetorreton

Bonjour à tous, voilà je viens de terminer ma bouteille de rhum, elle est vide maintenant, je vais pouvoir y mettre mon bout de papier dedans la rebouchée et la jeter très loin derrière les grosses vagues qui ramènent tout sur le sable comme les chiens, très loin sur la toile marine... C'est émouvant un blog, c'est peut-être la plus pertinente suite logique à l'article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
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4 commentaires pour Tomber la chemise.

  1. Françoise Cavelan dit :

    Nous sommes dans une société du sensationnel où les médias font la loi ! La présentation qu’ils ont fait de l’événement fait que notre bonne société s’insurge de la maltraitance faite aux dirigeants de AIR FRANCE mais hier devant mon poste j’ai pensé à toutes ces personnes menacées de licenciement et que l’indignation et la peur ont menées à la révolte. Que dire d’un premier ministre socialiste qui n’évoque même pas la violence faîte à celles et ceux qui travaillent et dont l’avenir dépend de décisions prises dans un bureau par des gens à l’abri du besoin ! que je suis révoltée par ce monde qui fait la part belle aux nantis et nie tout droit aux plus démunis ! Rappelons quand même que c’est le personnel au sol qui paie le plus cher tribut dans les suppressions de poste depuis que AIR FRANCE tente d’améliorer ces comptes ! Les médias ont leur part de responsabilité dans la présentation tronquée des faits !

  2. noel dit :

    Mouiller la chemise. Quelle force, cet écrit !

  3. Rene Tomolillo dit :

    Quand on pense au pouvoir qu’ont les acteurs ou les chanteurs ,leur facilité d’accéder aux médias , leur capacité à faire passer des idées, on ne peut que regretter que la très grande majorité d’entre eux soit devenue passive et égoïste.
    Je ne suis pas surpris de lire Philippe Torreton ici et d’y lire surtout une vraie prise de position consciente et citoyenne. On n’interprête pas les rôles de Philippe Torreton par hasard . Merci à vous Monsieur !

  4. Léon Emmanuel dit :

    Je viens de découvrir avec intérêt votre blog au travers du ReseauInventaire.
    Dans votre article, « Tomber la chemise », j’ai noté avec un peu de surprise que vous illustrez les liaisons « de nantis » entre le patronat et les chefs d’Etat en faisant référence à Bachar, Kadhafi et Bongo.
    Cela me semble connoté.
    La référence au Roi d’Arabie Saoudite, à Porochenko et à Erdogan qui ont un impact direct sur la situation socio-politique de la France m’apparaît plus appropriée dans ce contexte.
    C’est un point de vue. Merci de le partager

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