l’homme au coeur des débats


 

Un homme possédant son métier est un poids lourd encombrant pour le capitalisme financier avec son lot de méthodes de management moderne. Cet homme est à la fois nécessaire et gênant: gênant parce qu’il peut mettre en perspective ce qu’on lui demande de faire et en déduire  la qualité de son travail qui en découlera, gênant car son expérience et sa qualification se paient, gênant car il connaît ses droits qu’il soit syndiqué ou pas.  

Un tel travailleur peut, car il en a l’autonomie de moyen, transmettre son travail et plus grave, la fierté qui va avec, et ainsi former des jeunes qui, on peut l’imaginer, porteront aussi en eux cette foi en leur métier… Mais il reste nécessaire, car la machine outil et les robots laissent encore des plages de maladresses à l’habileté humaine.

L’entreprise entre les mains de ce capitalisme financier doit se débarrasser de ses individus en même temps que  ce rapport homme/travail. La question est de gagner toujours plus d’argent. Il faut donc réduire les coûts. Retirer le maximum de salariés tout en maintenant le même niveau de production, voire de l’augmenter.

Il s’agit de tuer le travail finalement. On lui préfère le terme de tâche, comme au bon vieux temps du taylorisme. Le capitalisme financier fait bégayer le monde. Mais un travail c’est un homme, une tâche c’est n’importe qui, donc tuer le travail revient à  tuer des hommes. Et de fait, au travail, on y meurt.

Moins brutalement  qu’au 19ème siècle, mais on y  meurt. On meurt de déconsidération, d’humiliation, de placardisation, de ne pas savoir de quoi l’avenir immédiat sera fait; on meurt de ne plus comprendre, on meurt d’injustice, on meurt de différences de salaires démentielles alors que la publicité nous expose aux mêmes désirs de possessions que les plus riches… On meurt d’être rentables, d’être toujours plus rentables, on meurt de ces rythmes et de ces cadences, on meurt d’être surveillé tel un délinquant en puissance, on meurt de pauses pipi chronométrées, de se voir qualifiés de râleurs et de rétrogrades pendant que, discrètement, le travail se délocalise, sur fond de  politiques impuissants ou complices qui appellent pourtant au patriotisme industriel.

On estime que plus d’une mort par jour est liée directement au travail, mais il semblerait pourtant que ces chiffres soient minorés de par le tabou qu’ils incarnent…

Le grand capital a besoin d’une main d’œuvre faiblement instruite disponible, acculée à la pauvreté, et ainsi peu regardante sur la qualité de l’offre de travail.

Plus de travailleurs donc, mais une masse d’employés, de gens employés à faire quelque chose.

François Fillon parlait d’un contrat qui pourrait être passé entre les salariés et l’entreprise, pour adapter le travail à la réalité du marché. Qu’en termes galants ces choses là sont dites…  Le monde de l’entreprise reste collé au 19ème siècle, l’entreprise reine qui distribue le travail à l’employé éternellement redevable du CDD qu’on lui promet renouvelable en CDI.

Le candidat UMP en appelle veut faire du chômeur un individu en formation donc dans l’obligation de tout accepter sous peine de sanction, ou comment la démocratie fabrique de la main d’œuvre bon marché, ce n’est plus pour construire le mur de l’Atlantique mais pour construire ou consolider des bunkers financiers.

 Oui notre Monsieur, oui notre bon Maître « pourquoi ont-il tué Jaurès ? » Disait Brel…

 Une foule anonyme d’employés dans laquelle un bras mécanique vient comme dans ces jeux forains prélever ceux qui auront la chance de participer à la grande aventure de l’entreprise.

Une foule de gens déscolarisés le plus tôt possible afin de parvenir au stade ultime de la délocalisation, la délocalisation à domicile. Faire de nos vieilles démocraties instruites des pays en voie de développement, prêtes à tous les sacrifices sociaux pour assurer la pitance de la finance internationale mais il va sans dire, tout cela au nom de la bonne gestion du pays.  

La dette de nos pays est une aubaine pour les ultra-libéraux. Madelin en rêvait, la crise financière l’a fait. Comment s’opposer aux mesures draconiennes d’austérité et de désengagement de l’Etat dans les services publics, et la dégradation des droits du travailleur, lorsque c’est pour cette si noble cause, de ne pas pénaliser l’avenir de nos enfants avec une dette trop lourde à porter, que ces mesures sont prises?

Au lendemain de la seconde guerre mondiale et devant l’ampleur du sacrifice du camp vainqueur, et devant ce monde de vainqueurs et de vaincus bombardés, en ruines et traumatisé, le gouvernement de cette France victorieuse mais fragilisée et endettée a décidé  plus ou moins contraint par la force de l’histoire d’appliquer les orientations sociales des différentes composantes des forces résistantes le CNR, le Conseil National de la Résistance.

Le patronat fut écarté de ces grandes réformes mises en chantier, et en effet devant l’ampleur de la collaboration du patronat français notamment les entreprises du BTP Renault et tant d’autres, le CNR a cru plus décent de travailler sans lui à la reconstruction du pays puisque le patronat français avait participé à sa ruine et sa honte. « Messieurs, je n’en ai pas vu beaucoup d’entre vous à Londres » dit le général De Gaulle devant une délégation du patronat Français.

Nous devons au Conseil National de la Résistance nos plus grandes avancées sociales, nos systèmes de protections du travailleur et de son métier  les plus efficaces. Le renforcement de nos valeurs d’équité et de dignité des hommes et des femmes, du jeune allant à l’école au plus ancien ne pouvant plus travailler.

Aujourd’hui cette France laborieuse ouvrière, fonctionnaire, paysanne est menacée dans ses droits  et, c’est ce qui est le plus grave, dans  son intégrité et son honneur.

Il a fallu 67 ans pour que le patronat français n’ait plus honte de son passé peu glorieux et reprenne ses vieilles idées d’exploitation de l’homme par l’homme: l’éditorial de Denis Kessler dans le journal Challenge du 04/10/2007 le dit clairement dans son intitulé « défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance”. Vaste entreprise de  reprise en main de ce pouvoir laissé aux travailleurs, celui qui donne du travail doit gouverner.

Le patriotisme, la  protection sociale, l’écologie,  ne sont pas des composantes  de l’ADN de  la pensée affairiste, à quelques rares exceptions près, bien sûr, il y a des mutants dans toutes les espèces mais ils ne constituent pas un genre en soi loin de là. L’argent, la marge bénéficiaire seuls, comptent, et peu importe que cette quête de richesse détruise ce qui la produit.

Une entreprise qui ferme n’est devenu finalement au gré des rachats et des regroupements qu’une branche d’un secteur en perte de vitesse qui entraînera un recentrage sur une autre activité du groupe plus rentable…

Mais pendant ce temps des hommes politiques se drapent de bon sens et de pragmatisme en affrontant les travailleurs sur leurs lieux de productions pour leur faire croire que l’avenir de leur secteur d’activité est entre leurs mains, mais que cela demande des efforts. On a rien sans rien, il faut cracher dans ses mains,  il faut « travailler plus » si l’on veut gagner plus etc…

L’avenir du travailleur, c’est vrai, est entre ses mains mais pour ce faire, une de ses mains doit se fermer, et ce poing ainsi formé doit être dressé très haut au dessus de sa tête…

Nous devons sortir d’un système qui nous broie et détruit par la même occasion notre sol, l’air que l’on respire, la faune, la flore et nos valeurs pour lesquels nous nous sommes battus…

L’indignation est bonne pour la conscience mais la résistance est mieux pour l’avenir.

Il s’agit de ne pas prendre le progrès et son cortège de biens de consommation pour une fin en soi.

On a le droit de ne pas acheter un cartable neuf à chaque rentrée scolaire, on a le droit de ne pas être joignable 24h/24 et d’avoir 250 chaînes de télévisions pour un abonnement mensuel correspondant dans certains cas à presque 1/10e de son salaire. On a le droit de refuser des protéines animales  à tous les repas, on a le droit de ne pas prendre de crédit à la consommation, on a le droit de ne pas vivre entouré de panneaux indicateurs d’endroits où l’on peut dépenser son argent, on a le droit d’avoir une traçabilité de son argent mis en banque, on a le droit de ne pas dépenser les trois quarts de son salaire en loyers, non seulement nous avons tous ces droits et bien d’autres, mais un gouvernement digne de ce nom a le devoir impérieux de nous aider à les faire respecter.

Il y aura toujours des individus qui se croiront plein de bon sens et en même temps subtils en ridiculisant ces droits, en parlant de retour en arrière, de recul et de repli sur soi, de démondialisation, du retour à la bougie et autres idioties. Le progrès choisi, réfléchi seul a du sens… Pas cette anarchie financière incontrôlable profitant à une poignée de familles ultra riches.

Nous avons l’occasion unique de choisir un Président qui incarnera cet esprit de résistance. Il faut refuser ce travail de sape de la droite nous faisant croire que notre marge de manœuvre est restreinte voire inexistante; que seule la politique que mène actuellement ce si courageux gouvernement qui ose dire la vérité aux Français soit la seule possible…

N’ayons pas peur, exigeons le changement de vie. Nous le ressentons tous, que notre société est en grande partie absurde et  injuste! Ne nous contentons pas de chiffres et de pourcentages invérifiables. Exigeons une pensée de devenir… Exigeons une idée d’un futur possible. D’un bonheur possible et emmerdons par avance ceux qui en rigoleront.

Exigeons de nous-mêmes  le courage de ce changement, car il nous en faudra pour bousculer toutes ces idées reçues savamment plantées dans nos cerveaux disponibles! Il fallait du courage pour mettre en place la Commune de Paris pendant que les Versaillais Chantier ou Rive Gauche aiguisaient leurs sabres et leurs baïonnettes… Pour croire en l’avenir après les massacres de la première guerre mondiale! Il en fallait du courage pour croire en l’homme après la Somme après Verdun, pas facile d’avoir vingt ans et assister au retour des quelques rescapés des  camps nazis et de comprendre que son pays a participé avec un zèle peu commun à ce génocide.

Ne sont-ce pas là des fardeaux plus durs à porter que le poids de notre dette actuelle? Remettons les choses en perspective il y va de notre honneur! Exigeons l’homme au cœur de ces débats et de ces enjeux! Montrons-nous dignes de nos générations passées qui ont tellement souffert. C’est le plus bel héritage que l’on puisse laisser aux générations futures, bien plus qu’un équilibre des finances de notre pays.

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A propos philippetorreton

Bonjour à tous, voilà je viens de terminer ma bouteille de rhum, elle est vide maintenant, je vais pouvoir y mettre mon bout de papier dedans la rebouchée et la jeter très loin derrière les grosses vagues qui ramènent tout sur le sable comme les chiens, très loin sur la toile marine... C'est émouvant un blog, c'est peut-être la plus pertinente suite logique à l'article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
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3 commentaires pour l’homme au coeur des débats

  1. apetrovski dit :

    Excellent…
    un ptit crobar? 😉

  2. ESPOIR dit :

    Oui, mais je ne vois pas qui dans cette campagne peut incarner les valeurs dont vous parlez… Il n’y a plus de gauche et droite au sens où vous l’entendez… Ils se sont tous vendus aux financiers qui financent leur campagne…
    La 5ème république a fait de nous des électeurs, pas des citoyens… Il faut remettre l’homme au centre des débats, mais surtout que chacun redevienne citoyen.
    Je renvoie aux analyses d’Etienne Chouard : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/
    C’est tout le système monétaire qui est à abolir tel qu’il est aujourd’hui, et c’est tout le système politique qui est à revoir car actuellement, les français n’ont qu’un seul pouvoir : élire ses maîtres sclavagistes… Nous avons besoin d’écrire nous-mêmes notre constitution!

  3. Lyon Francis dit :

    A mon avis, certains à gauche comme le FDG par exemple (même si nous ne pouvons pas tout prendre pour argent comptant toute leurs propositions) ne sont pas bien loin de ce qui est exprimé dans l’article . De plus je ne me vois pas subir encore pendant cinq ans la casse de nos acquis sociaux chèrement obtenus par les luttes de nos anciens. Le FDG m’inspire plus que tous les autres partis s’accomodant du système plutôt que de le combatre efficacement.

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